Lancement du cycle / Vers un monde cosmomorphe

À partir de la Station (1)0, le Laboratoire espace cerveau entame un nouveau cycle et étend son champ d’exploration aux liens organiques qui unissent l’humain au cosmos. Les questions que soulève l’Anthropocène poussent l’homme à prendre acte de sa place relative dans la chaîne du vivant. Les bouleversements biologiques, géologiques, climatiques désormais manifestes, ainsi que les récentes recherches scientifiques, nous obligent à recomposer un monde humain et non-humain. Face à cette prise de conscience croissante, notre rapport au monde connaît une évolution fondamentale : les principes dualistes de l’approche occidentale séparant l’homme de la nature, opposant matière et esprit, laissent place à un modèle cosmologique, une vision du monde non plus anthropomorphe mais « cosmomorphe ».
Les récentes découvertes scientifiques, en neurosciences, en astrophysique, en biologie, en géologie, nous mènent à une redéfinition des limites entre corps, espace, temps et cerveau et à une expérience « étendue » de l’environnement, entre infiniment grand et infiniment petit. Les nouvelles perspectives apportées par les chercheurs réinvestissent ainsi les liens qui nous unissent à la Terre, retissent les fils entre matière et vie, et inscrivent l’humain dans l’ordre du cosmos. Aux expériences de « perception élargie » suivent celles, plus intenses encore, d’une fusion vitale avec les éléments et une aspiration à ne faire qu’un avec l’univers.
Dans l’élan de nouvelles recherches sur le vivant, telles que l’épigénétique, où l’impact de l’environnement est mesuré dans le génome sur plusieurs générations, ou l’astrobiologie, qui recherche du commun entre Mars et la Terre à l’échelle de l’infiniment petit, il s’agit de penser en terme de coexistence et de lien dynamique.
De cette approche relationnelle, transitive, se dégagent les notions fondamentales de milieu, de passage, de mouvance. Sur le mode des conceptions orientales, dénué de tout clivage, émerge une appréhension unifiée du cosmos.
Comment aujourd’hui, la création et la recherche peuvent-elles contribuer ensemble à ce changement de paradigme, construire un autre regard sur le monde ? Une responsabilité partagée, artistique, scientifique et intellectuelle, pourrait-elle permettre l’émergence d’actions alternatives ?

Nathalie Ergino

Œuvres à l'étude

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Clarissa Baumann, INDEX (détail), 2014-2016.
Livre en deux volumes, adhésifs, dimensions variables.
Courtesy de l'artiste. Photo © Blaise Adilon

Hicham Berrada, Présage, 2016.
Bécher, produits chimiques, caméra et projection en direct.
Courtesy de la Galerie Kamel Mennour et de l'artiste © Laurent Lecat.

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Benjamin Blaquart, Well Being (détail), 2015
3D OpenGL, 2D animation, casque FPV, 9 min. 
Courtesy de l'artiste. © Benjamin Blaquart

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Michel Blazy, Spirale, 1996.
Installation de graines germées (lentilles et coton), disposées au sol en spirale. Dimensions variables suivant le lieu.
Collection Frac Provence-Alpes Côte d’Azur. Photo © Blaise Adilon.

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James Lee Byars, The Book of the Hundred Questions, 1969.
Lithographie offset à l'encre dorée sur papier japonais noir, 49 x 36,5 cm.
Courtesy Jason Dodge. Photo © Blaise Adilon

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Hubert Duprat, Sans titre, 2008
Amas constitué de pierres naturellement aimantées - magnétites polies, hauteur: 85 cm, diamètre: 280 cm.
Courtesy Galerie Art : Concept et l'artiste. Photo © Blaise Adilon

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Groupe FRAME (Alys Demeure, Jérôme Grivel, Héloïse Lauraire, Sandra Lorenzi, Stéphanie Raimondi), INDEX, 2016. 
Impressions jet d'encre, support bois. 520 x 70 x 300 cm. 
Courtesy Groupe FRAME (Alys Demeure, Jérôme Grivel, Héloïse Lauraire, Sandra Lorenzi, Stéphanie Raimondi). Photo © Blaise Adilon

Hamish Fulton, Kutenai, Two Walks in the Alberta Rockies, 74 and 70 Miles, Canada, Summer 1976, 1976.
2 tirages sur papier baryté au gélatino-argentique, contrecollés, 82 x 171 x 2,2 cm.
André Morin © Hamish Fulton

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Célia Gondol, Dimensions telluriques, 2016. 
Soie, cuivre. 580 x 350 cm. 
Courtesy de l'artiste. Œuvre produite dans le cadre du programme des résidences d'artistes de la Fondation d'entreprise Hermès. Photo © Blaise Adilon

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Lola González, Veridis quo (rushes), 2016
Vidéo HD Stéréo 7’28’’.
Courtesy de l'artiste. © Lola González

Pierre Huyghe, Cerro Indio Muerto, 2016.
Tirage photographique couleur.
Courtesy de l'artiste et de la Galerie Chantal Crousel, Paris.

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Joan Jonas, Wind, 1968
Film noir et blanc, muet, 5’41’’
Collection Frac Lorraine

 

 

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Barbara & Michael LeisgenDas Licht - der Mensch - die Welt (La Lumière - l’être humain, le monde), 1975
Photographie noir et blanc, contrecollée sur Dibond, scellée sous acrylique 80 x 120 cm. 
Collection Frac Lorraine

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Helen MirraRearranged incidents, 3, 2015 
3 sangles, encre et peinture de lait sur coton 1,6 x 200 cm
Collection 49 NORD 6 EST - Frac Lorraine © Photo X. Droits réservés

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Matt Mullican, The IAC Mural, 2010.
Peinture murale
Collection Institut d'art contemporain Villeurbanne/Rhône-Alpes. Photo © Blaise Adilon.

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Otobong Nkanga, Alterscape, 2005.
Ensemble de 3 photographies C-print sur papier photographique contrecollées sur Dibond. 50 x 67 cm chacune. 
Collection Frac Provence-Alpes-Côte d'Azur. Photo © Blaise Adilon

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Katie PatersonAs the World Turns, 2010. 
Tourne-disque modifié, vinyle 33 tours, 12 x 41 x 32 cm. 
Collection Frac Franche-Comté. Photo © Blaise Adilon

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Abraham Poincheval, Avant projet pour marcher sur la canopée nuageuse, 2016
Dessin à la craie sur des panneaux noirs hexagonaux.
Courtesy Semiose galerie, Paris. Photo © Blaise Adilon

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Evariste Richer, Ellipse/Eclipse, 2007. 
Reflecteurs lastolite réversibles dorés et argentés, cadre en aluminium, diamètre : 300 cm chacun. Courtesy Evariste Richer et Untilthen - Saint-Ouen. Photo © Blaise Adilon.

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Evariste Richer, Entre le pôle et l'équateur, 2011
Scarabée et azurite 8 x 4 x 4 cm
Collection Laurent Petit. © Photo X. Droits réservés

Linda Sanchez, 11752 mètres et des poussières..., 2014.
Film Blu-Ray, 71 minutes.
Courtesy de l'artiste.

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Takis, Electromagnétique III, 1966. 
Plexiglas, électro-aimant, liège, câble, 336 x 75 x 75 cm.
Collection du Frac des Pays de la Loire. Photo © Blaise Adilon.

Charwei Tsai, Plane Tree Mantra, 2014.
Performance.
Collection 49 Nord 6 Est – Frac Lorraine, Metz (FR) © Charwei Tsai

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Maarten Vanden Eynde, Restauration du Lac de Montbel, 2003
Tirage numérique 70 x 50 cm. 
Collection Frac Lorraine © Maarten Vanden Eynde

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Menghzi ZhengSérie des maquettes abandonnées, n°15, 2016 
Bois carton, papier 47 x 33 x 33 cm.
Courtesy de l'artiste. © Photo X. Droits réservés

Vidéos des performances

Jérôme Grivel, Inhale/Exhale (exercice pour voix et effets), 2016
Performance, 2’08’’.
Courtesy de l'artiste. © Blaise Adilon

Charwei Tsai, Plane Tree Mantra, 2014
Performance.
Collection 49 NORD 6 EST - Frac Lorraine. © Blaise Adilon

Tony Di Napoli, Litophones, 2016
Performance sonore.
Courtesy de l’artiste. © Blaise Adilon

Participants depuis 2009

Élisa Brune
écrivain (romancière, essayiste) et journaliste scientifique
Denis Cerclet
anthropologue, maître de conférences à l’Université Lumière Lyon 2
Arnauld Pierre
historien de l’art, professeur à l’Université Paris IV-Sorbonne
Jean-Louis Poitevin
docteur en philosophie, écrivain et critique d’art

Participants depuis 2016

Les artistes Clarissa Baumann, Benjamin Blaquart, Frame, Célia Gondol, Lola González, Linda Sanchez, Vahan Soghomonian, Mengzhi Zheng.

Invités

Camille Chenais
coordinatrice des projets à Bétonsalon - Centre d’art et de recherche
Didier Debaise
docteur en philosophie, chercheur au FNRS et professeur de philosophie contemporaine à l’Université Libre de Bruxelles
Philippe Eydieu
co-coordinateur de la recherche à l’École supérieure d’art de Clermont Métropole
Tran Minh Duc
artiste en résidence au sein de l’Académie vivante, laboratoire de recherche expérimentale (collaboration entre le CNRS/Université Paris-Diderot et Bétonsalon - Centre d’art et de recherche)
Pierre Montebello
philosophe, professeur de Philosophie moderne et contemporaine de l’Université de Toulouse le Mirail
Thierry Mouillé
artiste, coordinateur du laboratoire des intuitions, professeur à l’école supérieure d’art de Tours
Cyrille Noirjean
directeur de l’URDLA (centre international estampe & livre), psychanalyste (membre de l’ALI)
Gyan Panchal
artiste, commissaire d’expositions et chercheur associé à l’École supérieure d’art de Clermont Métropole
Pascal Pique
commissaire d’exposition, ancien directeur du Frac Midi-Pyrénées et fondateur du Musée de l’invisible
Alexandre Wajnberg
journaliste scientifique à la RTBF (Journal parlé de Radio Une, Bruxelles)

Œuvres à l'étude

Clarissa Baumann, INDEX, 2014-2016
Livre en deux volumes, adhésifs 
“À partir du projet INDEX, livre dont j’ai commencé l’écriture en 2014, je re-mémorise une liste de différentes œuvres sous la forme d’une parole continue et déambulatoire ponctuée par l’activation de l’espace. Cela devient un jeu avec les volumes, l’architecture, le corps et la voix. Ce musée fictif de la mémoire s’interpose ainsi entre les pièces existantes dans un centre culturel et leurs espaces interstitiels. Ce poème-liste fait partie d’un projet élargi pouvant être repris par différents artistes/performeurs qui le modifieront, ou le continueront à partir d’un point choisi jusqu’à le transformer dans une polyphonie pour un ou plusieurs espaces. Je crois que ce projet peut être intéressant pour ce format parce qu’il est possible de penser différentes formes de présentation pour une même pièce, ce qui m’attire beaucoup comme question artistique. Peut-être que pour le premier moment d’exposition ce sera seulement le livre et les adhésifs bleus et que dans un deuxième, seulement la performance, comme un écho, une mémoire du livre présenté.” Clarissa Baumann

Hicham BerradaPrésage, 2016
Cube en acier, bocal, plateau tournant, réactions chimiques, caméra et diffusion en direct du signal.
Véritable théâtre alchimique, Présage est le fruit d’une performance dans laquelle l’artiste associe dans un bécher différents produits chimiques. Il fait émerger un univers mis en mouvement par différentes manipulations. Ces transformations de la matière, qui sont filmées et simultanément projetées à l’écran, plongent le spectateur dans un monde féérique aux couleurs et aux formes fascinantes. Du laboratoire à l’atelier, de l’expérience chimique à la performance, Hicham Berrada parvient à créer une nature activée chimiquement. 

Benjamin BlaquartWell Being, 2015
3D OpenGL, 2D animation, casque FPV, 9 min.
“La vidéo Well Being (diffusée par l’intermédiaire de lunettes d'immersion FPV), [peut] s’interpréter comme la modélisation 3D du corps en fabrication dans la salle. Celle-ci présente des membres corporels ultra-perfectionnés se greffant les uns aux autres pour finalement former ce corps parfait, dont chaque fonction assure la garantie d’un corps sain dans un esprit sain, vivant en parfaite eurythmie avec son milieu, nourri de préceptes taoïstes et zen, déjà si familiers dans le vocabulaire de coaching managérial ou du bien-être au travail, transformant les être en des machines à travailler plus performantes au lieu de leur permettre de s’émanciper…” (Extrait du texte de Benoît Lamy de La Chapelle paru dans La Belle Revue, 2016)

Michel Blazy, Spirale, 1996
Installation de graines germées (lentilles et coton), disposées au sol en spirale, suivant le lieu d’exposition.
Composée de pousses de lentilles, Spirale est une installation qui se déploie le temps de l’exposition. Bien que le processus de création reste le même, cette œuvre de Michel Blazy peut aussi bien prendre la forme d’une spirale que de plinthes qui longent les murs. Elle s’active à chaque fois de façon différente selon l’espace et les conditions climatiques dans lequel elle est amenée à évoluer. L’œuvre fait écho à Spiral Jetty réalisée par le sculpteur américain Robert Smithson en 1970. 

Michel Blazy, Voyage au centre, 2002-2003
Trois vidéos diffusées sur moniteur, 31’25’’ en tout
Dans les vidéos Voyage au centre, Green Pepper Gate et Le Multivers, Michel Blazy nous invite à pénétrer à l’intérieur de sculptures vivantes installées dans son propre jardin. C’est l’écosystème qui s’y développe qui nous est donné à voir.

James Lee ByarsThe Book of the Hundred Questions, 1969
Lithographie offset à l'encre dorée sur papier japonais noir, 49 x 36,5 cm.
Écrites par James Lee Byars, une longue série de questions est inscrite minutieusement à l’encre d’or sur une toile noire. Illisibles, quasi imperceptibles, ces questions pourtant fondamentales parfois métaphysiques, prennent ici la forme métaphorique d’un écran noir, comme un miroir opaque renvoyant à l’humanité ses propres interrogations. 

James Lee ByarsThin disk with hole, 1994
Marbre - Diamètre : 40 cm œuvre présente sous vitrine (chêne et verre)
L’artiste présente un disque de marbre blanc qui se dressant à la verticale face au visiteur, soulève des questions ontologiques. 

Walter de MariaThe Lightning Field, 1977
Sélection d’une documentation sur le Lightning Field.
The Lightning Field s’étale sur un rectangle de 1 mile par 1 kilomètre au Nouveau Mexique, dans lequel Walter De Maria a planté 400 poteaux en acier inoxydables espacés chacun de 67 m, ces derniers étant destinés à attirer la foudre.

Tony Di NapoliLithophones, 2016
Performance sonore.
Le soir du vernissage, Tony di Napoli réalise une performance vibratoire et sonore. Sur un instrument élaboré par ses soins, sorte de xylophone de pierres qu’il nomme “lithophone”, il fait “sonner les pierres”. Ces pierres sélectionnées très soigneusement ont entre 326 et 345 millions d’années et leurs vibrations sont comme à l’origine de toute musique. À l’aide de baguettes en caoutchouc, Tony Di Napoli fait chanter la pierre dans de puissants harmoniques qui remplissent l’espace et font vibrer les murs.

Hubert DupratSans titre (Amas de magnétites), 2008 
Amas constitué de pierres naturellement aimantées, magnétites polies.
Hubert Duprat assemble en un tas disposé au sol plusieurs tonnes de magnétites, telle une sculpture minimaliste et conceptuelle. Ces pierres naturellement aimantées et taillées en cabochon dessinent un amas étrange oscillant entre l’amoncellement de bijoux scintillants et une concentration de diptères nécrophages, cette sculpture susurre à l’oreille du spectateur le précieux avertissement “Souviens-toi que tu vas mourir”. (Texte Mamac Nice)

FRAMEIndex (Animalité, Concrescence, Cosmos, Nomadisme, Site), 2016 
Série de cinq posters impression jet d'encre, 100 × 100 cm chaque, support bois 520 x 70 x 300 cm.
Corpus d’images référentielles conçu en écho aux problématiques de la Station (1)0 du Laboratoire Espace Cerveau, Index rassemble une série de documents hétéroclites relatifs aux pratiques individuelles des intervenants du groupe de recherche FRAME. Issues de domaines hétérogènes tels que l’histoire de l’art, l’urbanisme, le cinéma, la philosophie, la biologie, l’agronomie, etc., les sources présentées ici ont été réparties selon cinq catégories conceptuelles : Animalité, Concrescence, Cosmos, Nomadisme, Site. [...] Rapprochant des sources diversifiées telles que des fragments de textes théoriques, des captures de films, des photographies de voyages, etc. Index matérialise les gestes de collecte, de classement, de corrélation potentielle. Conçu sur un mode intuitif et non discursif, il constitue une proposition entre deux temporalités parallèles - celle du projet en voie de réalisation et celle d’une projection immédiate vers un imaginaire, des enjeux en somme préliminaires à toute production.

Hamish Fulton, Kutenai, Two Walks in the Alberta Rockies, 74 and 70 Miles, Canada, Summer, 1976
2 tirages sur papier baryté au gélatino-argentique, contrecollés 82 x 171 x 2,2 cm.
En 1976, à l’âge de 30 ans, Hamish Fulton engage deux marches, l’une de 70 miles, l’autre de 74 miles, dans les rocheuses de l’Alberta, une province du Canada située à la frontière de plusieurs cultures. Kutenai, le titre de la photographie, évoque le nom d’une langue locale, d’origine amérindienne actuellement parlée dans l’Idaho aux États-Unis, au Canada et en Colombie Britannique. Cette langue isolée n’entretient aucune relation génétique avec les autres langues et évoque ainsi une certaine résistance. [...] Malgré son format panoramique, la photographie ne révèle qu’une infime partie de l’espace et manifeste ainsi clairement sa valeur de fragment d’une expérience intangible de l’immensité. L’artiste signifie à travers ce point de vue sa volonté de communiquer l’expérience de la marche avec la conscience permanente qu’“un objet ne peut rivaliser avec une expérience”.

Célia Gondol, Dimensions Telluriques, 2016
Soie, cuivre 580 x 350 cm.
Échantillons de tissus en soie et cuivre réalisés par l’artiste lors d’une résidence d’artiste aux ateliers de la Holding Textile Hermès, Lyon. 

Lola GonzálezVeridis quo (rushes), 2016
Vidéo HD Stéréo 7’28’’.
Un groupe d’individus semble se préparer à perdre la vue, ils s’entrainent aussi à tirer sans les yeux. Ils se réveillent aveugles et non surpris, ils sont guidés par deux d’entre eux vers une crique où ils sont laissés là, avec les armes, en attente.

Jérôme GrivelInhale/exhale (exercice pour voix et effets), 2016
Performance.
Le soir du vernissage, Jérôme Grivel réalise une performance sonore. Muni d’un micro, il entonne une sorte de respiration augmentée, un râle rauque et puissant rappelant les chants traditionnels inuits fondé sur une succession d’inspirs. Amplifiée par un dispositif acoustique, cette cadence sonore se change rapidement en un vrombissement continu et assourdissant quasi palpable dans l’espace de la halle sud.

Pierre Huyghe, Cerro Indio Muerto, 2016
Impression sur Dibond Photo : 96 x 64 cm. Encadrée : 102,75 x 70,75 cm. 
Prise dans le désert d’Atacama au Chili, (plus précisément au pied du mont Cerro Indio Muerto) cette photographie rend compte de la découverte d’un squelette humain. À la fois macabre et esthétique cette image met en évidence la fusion presque palpable des ossements avec le sol aride, des teintes des chairs qui, avec le temps ont fini par se confondre avec l’environnement coloré. [...]

Joan JonasWind, 1968
Film noir et blanc, muet, 5’41’’
Wind est un document en super 8 qui présente un groupe de personnes emmitouflées pratiquant divers mouvements individuels et collectifs sur une plage enneigée et battue par le vent. Les plans fixes se présentent comme une suite de mini-performances : traverser le champ en crabe avec des miroirs accrochés aux vêtements, marcher en restant collés dos à dos, enfiler et échanger ses vêtements, faire et défaire des grappes humaines, etc. Ces gestes, entre cérémonie et chorégraphie, sont rendus malaisés par la lutte contre les éléments naturels et saccadés par les sauts de la pellicule. Ils font apparaître les protagonistes dans une relation mécanique, voire marionnettique à l’espace, comme des pingouins sur la banquise. Une impression irréelle et burlesque, renforcée par l’usage de masques qui opèrent une réification de ces corps sans visage aux prises avec les intempéries. [...] Globalement, ces expérimentations de Joan Jonas résonnent d’un esprit et d’une ambiance propre à son époque, sous le signe du collectif, de la curiosité et du partage joyeux. L’anonymat des personnages conteste l’aura de l’auteur ou de l’interprète démiurge. À la place, se développe un travail libre, expérimental et désinté- ressé, fondé sur la décision, l’énergie et l’expérience plutôt que sur la recherche d’une forme définie. (Extraits de la notice du Frac Lorraine)

Barbara & Michael LeisgenDas Licht - der Mensch - die Welt (La Lumière - l’être humain, le monde), 1975
Photographie noir et blanc, contrecollée sur Dibond, scellée sous acrylique 80 x 120 cm. 
Dès les années 1970, les premiers travaux de Barbara et Michael Leisgen se placent en contrepoint de la photographie conceptuelle, notamment celle menée par l’école typologique de Dusseldorf de Bernd & Hilla Becher : enregistrement d’une empreinte naturelle, recherches autour du corps et expérimentations du Land Art. La silhouette de Barbara Leisgen est mise en scène dans des paysages et y inscrit sa trace de manière éphémère. (Notice Frac Lorraine)

Antti Lovag, Maisons-Bulles
Antti Lovag ne se considère pas comme architecte mais comme “habitologue”. Sa collaboration avec Jacques Couëlle, l’un des premiers architectes à développer en France une architecture organique, le conduit à réaliser, en 1969, le premier prototype d’une “maison-bulle”. À la différence d’une maison traditionnelle, conçue comme un volume à diviser, celle-ci est constituée par la juxtaposition de sphères ouvertes les unes sur les autres. Elle peut s’agrandir, selon les besoins de ses habitants, par la simple adjonction de nouvelles bulles. [...] Au-delà de leur attrait esthétique, ces recherches véhiculent une éthique de l’architecture, dans laquelle l’usager, créateur et constructeur, est maitre de son environnement bâti. [...] “L’architecture ne m’intéresse pas. C’est l’homme, l’espace humain, qui m’intéressent; créer une enveloppe autour des besoins de l’homme. Je travaille comme un tailleur, je fais des enveloppes sur mesure. Des enveloppes déformables à volonté” (Antti Lovag). (Extraits notice Frac Centre)

Helen MirraRearranged incidents, 3, 2015
3 sangles, encre et peinture de lait sur coton 1,6 x 200 cm
Dans les anciens livres de théorie, le sommaire ressemble parfois à un index développé. Restant en deçà d’une introduction et allant bien au-delà de nos sommaires contemporains, l’auteur y annonce, en quelques phrases, ce qu’il cherche à démontrer dans chaque chapitre. Il s’en dégage une poésie rare qu’on ne peut s’empêcher de considérer comme involontaire. C’est cette poésie qu’Helen Mirra cultive et déploie dans Cloud the 3, un livre constitué uniquement par les entrées de l’index personnel qu’elle a constitué pour le livre Reconstruction in Philosophy (1920) de John Dewey. Elle poursuit ce travail dans Rearranged Incidents, 3 en inscrivant ces expressions sur des bandes de tissus colorés. Dans plusieurs de ses œuvres, Helen Mirra détourne la forme de l’index de sa fonction purement utilitaire pour le faire parler à sa façon. Son intérêt pour Dewey est lui-même révélateur. Celui-ci veut resituer les théories philosophiques dans le contexte culturel de leur émergence au lieu de les considérer comme des créations abstraites et purement intellectuelles. Il cherche ainsi à maintenir dans son propre travail une connexion forte entre pensée et observation du réel. La question de la fabrication physique du sens et, plus généralement, la relation entre la pensée et le monde matériel sont des enjeux essentiels de Rearranged Incidents, 3. (Extrait notice Frac Lorraine)

Matt Mullican,The IAC Mural, 15 June 2010, 2010
Peinture murale
Cette œuvre s’inscrit dans le projet cosmologique que l’artiste développe depuis les années 1970 sur une multiplicité de supports : posters et drapeaux, maquettes architecturales, simulations 3D, caissons lumineux, sculptures en verre ou en bois, vitraux, etc. Sous la forme schématique d’un logo monumental – constitué de quatre bandes horizontales, d’une verticale et d’un carré –, elle reprend les cinq niveaux colorés établis par l’artiste pour classifier le monde. Le niveau élémentaire est vert. C’est celui qui regroupe la matière inerte et dans lequel le corps émerge avant la naissance et se désintègre après la mort. La partie suivante est bleue. Elle représente la réalité quotidienne d’un individu, les objets, les paysages qui l’environnent. Le carré jaune, au centre de la peinture murale, relève du symbolique et rassemble le domaine des arts, des sciences et des mythes. À l’extrémité du schéma, la zone rouge constitue la sphère spirituelle ultime, celle du sens à l’état pur, libérée de toute référence au monde matériel. Le niveau noir, enfin, symbolisé par la bande verticale, est celui du langage. Il permet d’évoluer d’une couleur à l’autre, de la plus matérielle à la plus abstraite, de les comparer et de les structurer. Mullican symbolise le monde selon un code couleur et une signalétique inspirée par l’univers entrepreneurial et publicitaire. Un rationalisme qui confine à l’absurde et qui démontre l’incapacité pour la perception d’appréhender le réel autrement que par les conventions.

Otobong NkangaAlterscape, 2005
Ensemble de 3 photographies C-print contrecollées sur Dibond 50 x 67 cm chacune
Selon ses propres mots, Otobong Nkanga utilise sa voix et son corps comme véhicule de ses idées, à travers des performances ou des vidéos, pour devenir la protagoniste de son propre travail. Sa présence est paradoxalement le catalyseur de sa propre disparition, une main invisible qui met en mouvement le processus artistique. Otobong Nkanga négocie l’accomplissement du cycle de l’art entre le domaine esthétique de la monstration et une stratégie dé-sublimation qui pousse le statut d’œuvre d’art vers sa contingence. Dans plusieurs de ses travaux Otobong Nkanga réfléchit de manière métonymique les différents usages et valeurs culturelles connectés aux ressources naturelles, explorant ainsi comment sens et fonction sont relatifs au sein de cultures, et révélant les différents rôles et histoires de ces matières, tout particulièrement dans le contexte de sa propre vie et de ses souvenirs. 

Katie PatersonAs the World Turns, 2010
Tourne-disque modifié, vinyle 33 tours 12 x 41 x 32 cm
Un tourne-disque tourne en synchronisation avec la terre effectuant une révolution en 24 heures tout en “jouant” Les Quatre Saisons de Vivaldi. Le disque tourne imperceptiblement. 4 ans sont nécessaires pour parcourir le vinyle du début à la fin. Le mouvement du tourne disque est tellement lent qu’il n’est pas visible à l’oeil nu, pourtant le disque tourne imperceptiblement. (Notice Frac Franche-Comté)

Abraham Poincheval, Avant projet pour marcher sur la canopée nuageuse, 2016
Dessin à la craie sur des panneaux noirs hexagonaux
Composé d’un dessin mural à la craie, ce projet en développement reprend un vieux rêve commun à l’humanité pour lequel Abraham Poincheval envisage réellement de marcher sur les nuages, suspendu à un hélicoptère. L’artiste se décrit comme “un voyageur” Dans ses différents projets, il tente par l’intermédiaire de sculptures habitables, capsules et véhicules de voyages - immobiles ou dispositifs d’enfermement - d’explorer ce voyage autant intérieur qu’extérieur, méditatif ou nomade : “L’idée, bien au-delà de la performance physique, est d’habiter les sculptures que je réalise et de faire corps avec elles d’une part, mais aussi de partager avec le public ces performances afin qu’il soit complètement intégré dans le dispositif, soit au contact direct de la sculpture soit via internet en proposant de retransmettre mes performances sous forme de vidéo”, précise Abraham Poincheval.

Evariste RicherEllipse/Eclipse, 2007
Réflecteurs lastolite réversibles dorés et argentés, cadre en aluminium, diamètre : 300 cm chacun. 
À travers l’utilisation de deux réflecteurs de lumière couramment utilisés dans le cinéma et le théâtre, cette œuvre est une représentation du soleil et de la lune. Respectivement argentée et dorée leurs surfaces reflètent et intensifient la lumière, leur conférant l’aspect de corps célestes.

Evariste RicherEntre le pôle et l’équateur, 2011
Scarabée et azurite 8 x 4 x 4 cm
Entre le pôle et l’équateur replace la planète bleue au centre de la réflexion et nous repositionne dans un contexte universel : ce qui aide sans doute à relativiser notre place ici et maintenant. 

Linda Sanchez11752 mètres et des poussières..., 2014
Film Blu-Ray, 71’
Le film est constitué de quatre séquences d’une vingtaine de minutes. Une goutte d’eau en macro glisse longuement sur une surface dont on ne distingue ni les bords, ni la pente, ni la nature. Le point de vue est à “l’angle mort” de la goutte d’eau. L’infinie glissade de la goutte est réalisée grâce à un outil qui lui fait faire du surplace. C’est la surface qui remonte à contresens de sa descente. La performance, de suivre une goutte dans sa vitesse, dans un cadre très serré (3,5 cm) et dans une durée vertigineuse s’apparente aux techniques du documentaire animalier sauvage (course poursuite et apnée). La fin des séquences tient soit à l’épuisement de la goutte d’eau (créneau d’évaporation approximative en fonction du climat), soit à sa sortie définitive du cadre. 

Vahan Soghomonian & Tomi YardFYTOLITE - Fondation en croissance - objets documents et flux -, 2016
Installation, dimensions variables.
Il s’agit d’une analogie, une résidence pour plantes de rue, incluse dans une résidence pour artistes. Une sculpture évoquant un satellite russe des années 70 est l’espace de croissance de boutures de plantes de rue. Elle est munie d’une LED horticole 75w à spectre de couleur magenta, produisant pour l’humain à la sortie de l’espace de croissance une persistance rétinienne verte. Les ailes tournent, à raison d'un tour anti-horaire par minute, et diffusent la mémoire sonore du polissage miroir de la structure du FYTOLITE et des plaques en inox perforées de ses ailes. Les sons secs proviennent de deux sources de captation : micro large et micro contact (sons à l’extérieur et à l’intérieur du matériau pendant le processus de polissage) et ont été masterisés par les “études Clayderman”. Les plantes proviennent d’expéditions nocturnes. Les spécimens sont sélectionnés en fonction de leur production végétale, de leur territoire d’émergence, de leur faculté à représenter le paysage végétal actuel, de leur état de santé ainsi que dans un souci de cohérence avec les spécimens précédemment sélectionnés. 

Takis, Électromagnétique III, 1966
Plexiglas, électro-aimant, liège, câble, 336 x 75 x 75 cm. 
Électromagnétique III offre à notre perception une expérience à la qualité graphique épurée, où les éléments prennent inlassablement vie. Il y a dans le magnétisme, dit Takis, “un désir de capter l’autre. La force de l’aimant et l’amour c’est la même chose.”

Charwei TsaiPlane Tree Mantra, 2014
Performance : dessin à l’encre sur tronc d’arbre
Charwei Tsai calligraphie le Sutra du cœur, un texte bouddhique fondamental, sur le tronc d’un arbre du jardin de l’IAC. Le Sutra du cœur, que l’artiste a appris par cœur pendant son enfance à Taïwan, constitue un pilier de la sagesse bouddhiste, évoquant l’évanescence de toute chose. C’est en caractères calligraphiques chinois que Charwei Tsai inscrit ces mots sur le tronc du platane. Le public est invité à assister au processus d’écriture, et à observer le geste long et appliqué de la calligraphie, symbolisant la rencontre entre la mémoire d’une personne, celle d’une pensée millénaire, et celle d’un arbre vieux de plus de deux siècles. 

James TurrellRoden Crater project
C’est en survolant le désert d’Arizona à bord de son avion que Turrell découvre le Roden Crater, un cratère de volcan. Il l’achète en 1977 et entreprend de grands travaux pour l’aménager. Il fait réaliser un  réseau de galeries souterraines permettant l’accès à des chambres creusées en des emplacements spécifiques du cratère : ce sont ses Skyspaces. Telles des “machines de vision”, inspirées par les Kiva de la tribu Hopi voisine (cavités rituelles servant aux connexions cosmiques), ces espaces donnent à voir certains fragments du ciel à des moments spécifiques de la journée et de la nuit, comme une tentative de capter l’immensité, de capturer les infinis variations de l’azur et de la lumière. Au fil des années, l’artiste constitue une vaste documentation de ce site, donnant lieu à la production d’une impressionnante quantité d’objets, d’images photographiques, de relevés topographiques, de plans ou encore d’installations.

Maarten Vanden EyndeRestauration du Lac de Montbel, 2003
Tirage numérique 70 x 50 cm. 
Sur cette photographie, on voit l’artiste, très impliqué pour des causes écologiques, au bord d’un lac dont les rives ont été asséchées par l’évaporation de l’eau. Le lac n’existe plus, il a l’apparence d’une terre désertique au sol craquelé. Vanden Eynde assis par terre, essaie de le restaurer en bouchant les craquelures avec de l’enduit.

Menghzi ZhengSérie des maquettes abandonnées, n°15, 2016
Bois carton, papier 47 x 33 x 33 cm.
La série des “maquettes abandonnées” est le produit d’une projection mentale alliant le geste à l’improvisation. Ces constructions de fortune, en apparence fragiles, légères comme ouvertes à tous les vents, participent d’une esthétique du “bien fait mal fait” chère à Robert Filliou tout en assumant une parenté avec les fameuses “cabanes” de Tadashi Kawamata. 

Lancement / performances

Jeudi 6 octobre 2016 à 18h
Avec les performances de Tony Di Napoli, Jérôme Grivel,
Vahan Soghomonian

Charwei Tsai

Journées d'étude

Ressources

  • télécharger un texte de Tim Ingold sur le travail de Linda Sanchez
  • lire un texte de Noémie Monier sur le travail de Célia Gondol, paru dans la revue en ligne Le Chassis
  • parcourir le site du Laboratoire des intuitions, coordonné par Thierry Mouillé
  • consulter le site d'Hubert Duprat “Miroir du trichoptère”, réunissant de la documentation sur les larves de trichoptères
  • découvrir la deuxième session de l’Académie vivante, organisée par Bétonsalon - Centre d’art et de recherche, avec l’artiste Tran Minh Duc
  • écouter l’intervention de Pierre Montebello et de Frédéric Worms : “Vie, mondes” lors du colloque international “Choses en soi : Métaphysique et réalisme aujourd’hui”

Exposition en lien

PAYSAGES COSMOMORPHES - COLLECTION DU FRAC AUVERGNE
du 2 décembre 2016 au 19 février 2017 à l'IAC

Composée d’un ensemble de productions graphiques, picturales, photographiques et filmiques, Paysages cosmomorphes propose de reconsidérer notre appréhension de l’environnement et la place de l’humain et du non-humain dans celui-ci. Reliées par le dépassement du mode descriptif ou figuratif au profit d’une retranscription intuitive de l’expérience du monde, ces paysages ou plutôt ces environnements sont conçus selon une vision unifiée de l’univers, et privilégient un autre positionnement : la tension vers une fusion des éléments. Cette fusion se révèle à travers un parti pris : celui d’une organicité de la matière commune au vivant. La terre, l’eau, l’air, la graine, constituent le point d’origine des oeuvres ici réunies. (...)